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La délocalisation européenne en Europe

rapport du 02/05/97

Laurent ALDON
Sylvie BRUNEL
Virgile DELPORTE
Emmanuelle ROLA


I.U.P de Sceaux
8, avenue Cauchy
92 330 SCEAUX Année scolaire 1996-1997



SOMMAIRE

Introduction
1. Les raisons de la délocalisation européenne industrielle et/ou de services

1.1. La recherche d'avantages comparatifs
1.2. La pénétration du marché intérieur
1.3. La révolution des télécommunications
1.4. Autres raisons

2. Les régions de prédilection des délocalisations européennes 2.1. Les coûts de la main d'œuvre dans le monde
2.2. Le critère régional
2.3. Les secteurs de délocalisation
2.3.1. La délocalisation des secteurs traditionnels
2.3.2. Les industries
2.3.3. Les services
2.4. Les régions touchées par les délocalisations et les marchés européens porteurs 2.4.1. La Grande Bretagne
2.4.2. l'Irlande du Nord
2.4.3. Les délocalisations vers les PECO
3. Les effets de la délocalisation et les solutions proposées 3.1. Controverse sur le chômage induit dans les pays industrialisés
3.2. Les remèdes préconisés 3.2.1. Ajuster les rémunérations
3.2.2. Mener une politique de formation et de réduction des inégalités
Conclusion

INTRODUCTION

L'acheteur, qu'il soit consommateur final ou une administration, cherche toujours les prix les plus bas. C'est d'autant plus vrai en période de récession. Les entreprises concurrentes sur quelque type de marché qu'il s'agisse, ont des obligations de compétitivité. Cela peut parfois les contraindre à délocaliser leur production.

Selon comment on perçoit la délocalisation, on parle soit de stratégie, soit de phénomène.

Définitions
Les différentes manières de délocaliser :

Selon Jean Louis Mucchielli, " stricto-sensu, délocaliser consiste à fermer une usine sur le territoire national pour en ouvrir une autre à l'étranger ". Il ne faut donc pas confondre délocalisation et commerce international.

Il faut tout de même noter que dans la plupart des cas, les entreprises ne délocalisent qu'une partie de leur production. Les principales exceptions à cette remarque concernent quelques secteurs connus que sont le textile, la chaussure, le jouet et l'électronique.

Nous examinerons dans une première partie les raisons qui peuvent pousser une entreprise à délocaliser vers l'Europe, dans une deuxième partie nous verrons les zones de prédilection des délocalisations européennes, puis nous terminerons par les conséquences de ces délocalisations, leurs inconvénients et les évolutions que l'on peut prévoir dans ce domaine.



1. Les raisons de la délocalisation européenne industrielle et/ou de services

Il existe plusieurs raisons de délocalisation qui diffèrent selon la stratégie de la firme ou du groupe ou selon les facteurs d'attractivité des territoires et des espaces géographiques.

1.1. La recherche d'avantages comparatifs

Souvent présenté comme le critère crucial de la délocalisation, la recherche d'avantages comparatifs est un objectif déterminant pour expliquer l'implantation de certaines entreprises dans certains pays étrangers. C'est pourquoi, la première et principale raison invoquée par les entreprises pour justifier une décision de délocalisation est la recherche d'un meilleur coût de production et notamment la recherche du plus faible coût salarial. On note que les écarts de coûts salariaux sont extrêmement variables d'un pays et d'une zone à l'autre. Au sein de l'Union européenne, la disparité des coûts de main-d'oeuvre incite certaines entreprises à procéder à des délocalisations intra-européennes. Ainsi, lorsqu'une entreprise française souhaite trouver une main-d'œuvre meilleur marché en Europe, elle a la possibilité de se diriger vers le Royaume-Uni, l'Espagne, la Grèce ou le Portugal. Le lieu de transfert de production varie notamment en fonction du secteur d'activité des marchés à explorer. Selon une enquête réalisée en 1993 par la banque Morgan Stanley, le coût du travail ouvrier au Portugal ou en Grèce représente environ un quart de celui d'un ouvrier français.

Indépendamment des coûts salariaux ou de façon complémentaire, les avantages comparatifs peuvent résulter d'un prix relatif du capital plus bas sous l'effet conjugué de différents facteurs : aides et subventions à l'implantation, déductions et avantages fiscaux, prêts à taux préférentiels, liberté d'utilisation des bénéfices et liberté des mouvements des capitaux, effets de change, etc. Enfin, les coûts des matières premières, de même que les plus ou moins grandes facilités d'approvisionnement, l'accès à des technologies et à des savoir-faire, ainsi que des dispositions législatives plus favorables, sont susceptibles de jouer un rôle dans les choix d'implantations des firmes.


1.2. La pénétration du marché intérieur

Une autre raison primordiale expliquant la délocalisation des entreprises est la pénétration du marché intérieur. La production, au lieu d'être exportée de France vers tel ou tel pays, est transférée à l'étranger. Développer des projets de délocalisation de production à l'étranger constitue un gage de croissance à venir dès lors que la conquête de parts de marché devient le principal enjeu. En effet, la présence sur un marché important permet :

- de contourner des barrières tarifaires (" tariff-jumping ") et non tarifaires aux échanges (contrôles d'implantations, normes, réglementations et législations dans les pays considérés). Mais de plus en plus d'Etats favorisent les implantations directes sur leur marché par les politiques dites de " substitution d'importations " qui visent à utiliser le capital étranger pour développer un appareil industriel tourné avant tout vers la satisfaction du marché intérieur. La constitution de blocs régionaux semble, de manière générale, stimuler les implantations extra-régionales.

- de mieux connaître le terrain, d'avoir des produits adaptés à la demande locale, d'améliorer le service-client, de réduire les délais etc. En effet, se rapprocher du client est de plus en plus nécessaire puisque les conditions actuelles de la concurrence entre firmes rendent essentielles les prestations commerciales liées à la vente d'un produit. Le choix du consommateur dépend en effet de plus en plus de critères liés à l'environnement immatériel du produit surtout lorsqu'il est peu différencié par rapport à celui du concurrent. Dès lors, les services à la clientèle, en termes d'assistance, de conseil, de service après-vente, de délais de livraison et la gestion des stocks sont autant de facteurs incitant l'entreprise à s'installer à l'étranger plutôt qu'à exporter. En outre, du fait de la différenciation croissante de certains types de produits, il devient de plus en plus important d'adapter les produits aux goûts locaux, cela afin de gagner des parts de marché significatives dans les pays à cultures ou à attitudes mentales plus ou moins proches. L'appréciation des différences dans les goûts des consommateurs, le degré "d'exotisme" que requiert tel ou tel produit par rapport à la demande nationale ne peut être approché que par une présence sur le terrain, qui seule permet de faire réagir l'offre de manière rapide et de différencier les produits.

- de rechercher des " avantages géographiques " : cela consiste en le fait de savoir répartir ses activités de manière à exploiter les spécificités productives de chaque lieu d'accueil. Cette notion est essentielle dans le choix de délocalisation pour une entreprise.


1.3. La révolution des télécommunications

Aujourd'hui, la qualité des transmissions est excellente, le coût des transmissions est indépendant de la distance. Par exemple, grâce au réseau mondial internet, on peut appeler et échanger des données avec tous les pays du monde pour le modique coût d'une communication locale. On comprend tout de suite qu'il est aisé et peu coûteux de délocaliser les services comme la saisie de données et la programmation, et de communiquer tout simplement avec les usines délocalisées.

La communication a connu une révolution grâce aux transmissions par satellites et autres câbles sous marins en fibre optique. On peut citer en exemple le " SEA ME WE " : South East Middle East Western Europe. Ce réseau relie par 18 000 km de câble 13 pays, 3 continents, ce qui représente deux milliards de personnes.


1.4. Autres raisons

- tirer parti d'un avantage technique (procédé de fabrication, produit nouveau) et s'implanter chez le concurrent pour " l'attaquer " sur son propre terrain, ou sur un marché tiers ;

- bénéficier d'un environnement économique favorable au développement des activités, grâce notamment à l'existence d'infrastructures et d'équipements de pointe, à la densité des réseaux de communication, à un marché du travail dynamique, avec une main-d'œuvre qualifiée, la proximité de laboratoires de recherche, d'universités et de grandes écoles, des systèmes institutionnels performants etc., desquels les entreprises peuvent retirer des effets " d'agglomération " et des externalités positives substantiels ;

- diversifier géographiquement afin de limiter les risques de change et de récession dans une zone, ou plus généralement de limiter les risques politiques ;

- rechercher des économies d'échelle et une taille critique selon le secteur et la zone géographique dans laquelle la firme est présente.



2. Les régions de prédilection des délocalisations européennes

2.1. Les coûts de main d'œuvre dans le monde

 

Salaire horaire minimal

Base 100 en France

Cadre ou équivalent

Agent de maîtrise ou équivalent

Ouvrier qualifié

France

47.7

100

     

Hongrie

5

10.5

35

25

11

Tchéquie

3.5

7.3

44

19.8

11

Roumanie

1.8

3.8

4

3.4

2.5

Pologne

2.5

5.2

13

5.5

5

Taiwan

14

29.4

94

34

23

Chine

Aucun

-

20

10

9

Philippines

1

2.1

15.7

5.8

4

Thaïlande

3.3

6.9

56

27.5

5.5

Vietnam

1

2.1

7.5

2.75

1.5

Inde

Aucun

-

8.75

4.5

2.6

Coût horaire de la main d'œuvre en 1993, toutes charges incluses, en Francs français.


2.2. Le critère régional

En Europe, il ne suffit pas de rechercher dans quel pays on peut délocaliser sa production, mais affiner l'analyse en détaillant les différentes régions de ce pays.

Les tableaux suivant permettent d'adopter une autre vision des régions, en fonction des objectifs que peuvent s'être fixés une entreprise. Ainsi, on peut raisonner en terme de valeur ajoutée, de densité de la population ou de PIB par habitant. Cela donne des critères importants et différents.

Les plus fortes densités (hab./km²)

Bruxelles (Belgique)

5 891

Berlin (Allemagne)

3 882

Hambourg (Allemagne)

2 223

Brême (Allemagne)

1 693

Attique

923

Les plus forts Produits Intérieurs Bruts (PIB/hab. en écu)

Hambourg (Allemagne)

215

Ile de France (France)

170

Bruxelles (Belgique)

169

Hesse (Allemagne)

163

Luxembourg

156

Le classement selon le critère de valeur ajoutée

 

Rang avec la France

Rang hors France

Sélection du MOCI

Milliards d'écus

1

Rhénanie du Nord/Westphalie

1

1

336.1

2

Ile de France

   

286.3

3

Bavière

2

2

253.1

4

Bade-Wurtenberg

3

3

221.5

5

Sud-Est (Grande-Bretagne)

4

4

190.8

6

Suède (région pays)

5

 

174.1

7

Bassin Parisien

   

160.4

8

Lombardie (Italie)

6

5

159.5

9

Hesse (Allemagne)

7

6

148.4

10

Est (Espagne)

8

7

138.3

11

Basse Saxe (Allemagne)

9

8

133.1

12

West Nederland (Pays Bas)

10

9

117.5

13

Centre Est (France)

   

110.2

14

Ouest (France)

   

106.9

15

Nord-est (Italie)

11

10

100.7

16

Méditerranée (France)

   

98

17

Nord-ouest (Italie)

12

11

97.8

18

Danemark (Région pays)

13

 

96.5

19

Sud-ouest (France)

   

87.8

20

Centre (Italie)

14

12

81.8

21

Manner-Suomi (Finlande)

15

 

81.5

22

Lazzio (Italie)

16

13

78.6

23

Est (France)

   

78.5

24

Sud (Espagne)

17

14

74

25

Flandre (Belgique)

18

15

71.6

26

Madrid (Espagne)

19

 

70.1

27

Rhénanie-Palatinat (Allemagne)

20

16

67

28

Emilie Romagne (Italie)

21

17

65.6

29

Est (Autriche)

22

18

65.5

30

Sud (Italie)

23

19

60.8

31

Nord-ouest (Grande-Bretagne)

24

20

58

32

Hambourg (Allemagne)

25

 

55.4

Tableaux tirés du MOCI n°1260

2.3. Les secteurs de délocalisation

Les secteurs d'activité comme le textile, l'habillement, la chaussure, l'horlogerie, le jouet constituent le lot des délocalisations anciennes et traditionnelles. Quant à l'industrie, celle-ci est particulièrement touchée par les délocalisations, notamment dans le secteur de l'électronique, de même que les services en raison de l'évolution technologique des télécommunications.

Il faut en effet remarquer qu'au cours des dix dernières années, les transferts technologiques et les connaissances intrinsèques des pays industrialisés ont permis aux pays en développement de se hisser au niveau de l'Occident en proposant une main d'œuvre qualifiée moins chère.

2.3.1. La délocalisation des secteurs traditionnels


- le textile-habillement : il existe aujourd'hui une tendance à rechercher les pays proches, comme la Yougoslavie par exemple. On envoie les tissus coupés par l'entreprise dans le pays d'origine et ils sont assemblés sur place.

Le TPP, Trafic de Perfectionnement Passif, consiste à exporter des tissus européens et à les réimporter sous forme de produits finis, en provenance des Pays d'Europe Centrale et Orientale (PECO) par exemple.

Le problème apparaissant immédiatement est celui du just-in-time qui est impossible à gérer pour les entreprises pressées par les délais.

- la chaussure : dans ce secteur, les délocalisations se font " en cascade ", ce qui signifie que les nombreuses étapes de la fabrication sont réalisées dans différentes régions du monde en fonction de la spécialisation de chaque pays. C'est le cas pour les multinationales de la chaussure de sport comme Nike® et Reebok®, mais les délocalisations sont alors sud-asiatiques et non européennes.

En revanche, les autres types de chaussure peuvent être conçus dans les différents pays d'origine et être assemblés dans les pays européens à bas salaires (cf. la comparaison des différents coûts salariaux dans le monde). Le but est alors de contrôler au mieux et du moins loin possible la production.

- l'horlogerie : à la base, le pays spécialiste est la Suisse. La délocalisation dans ce secteur est due à une pénurie de main d'œuvre dans le pays d'origine.

- le jouet : il transmet la " culture d'une société ". C'est pourquoi le risque d'une délocalisation totale de l'industrie du jouet dépasse largement le seul enjeu économique.


2.3.2. Les industries


Les concurrences devraient ou pourraient aborder des secteurs jusque là préservés de l'industrie : la métallurgie et la mécanique. La suppression de la contrainte de transport pourrait jouer, notamment dans le cas des industries lourdes ou semi-lourdes, ou de toute autre industrie déjà soumise aux concurrences asiatiques. Par ailleurs, l'électronique est devenu un point sensible aux délocalisations.

- métallurgie
- industrie mécanique
- électronique

2.3.3. Les services


On peut identifier trois grandes étapes :

1ère étape : Dans les années 1970, cela correspond à l'introduction de l'informatique dans l'entreprise, conçue essentiellement comme outil de production et de gestion des fichiers ;

2ème étape : Elle a commencé dans les années 1980 et se poursuit encore. Elle correspond à la mise en réseau interne de l'entreprise et à l'utilisation de l'informatique comme outil de gestion interne et d'aide à la production ;

3ème étape : Elle est apparue à la fin des années 1980 et correspond à la mise en réseau de l'entreprise avec ses clients par l'intégration des télécommunications et de l'informatique. C'est le cas pour l'Echange de Données Informatisées (EDI) entre les fournisseurs et la grande distribution.

On a longtemps pensé que ce secteur des services ne pourrait pas être délocalisé, car on imaginait (à tort) qu'on ne pourrait délocaliser que la production " bas de gamme ".

- la saisie des données :

Le marché est énorme et en croissance. Il était de 1 milliard de $ en 1987, 3 milliards de $ en 1991 et est estimé à 50 milliards de $ pour l'an 2000.

- Numérisation par les grandes bibliothèques et les bibliothèques régionales des catalogues, voire des ouvrages eux-mêmes.
- Numérisation pour les collectivités locales des plans d'occupation des sols et du cadastre.
- Numérisation des banques d'image (gendarmerie)

En raison des progrès énormes de la télécommunication, toutes ces opérations peuvent être délocalisées dans des pays à salaires inférieurs mais tout de même productifs.

- la programmation informatique peut être délocalisée pour trois raisons principales que sont l'intérêt des coûts, la productivité et la qualité du travail.


60% des délocalisations se situent hors de l'Union européenne, la part européenne étant pour moitié nationale et pour moitié réalisée dans les pays européens à bas salaire, tels que le Portugal, et accessoirement l'Italie, voire l'Irlande, mais pour des raisons qui ne tiennent pas toujours au coût de la main d'œuvre.


2.4. Les régions touchées par les délocalisations et les marchés porteurs en Europe

La carte géographique des délocalisations évolue. Si les bastions traditionnels des délocalisations sont maintenus, de nouveaux pays entrent dans la danse. Après avoir perdu brutalement leurs principaux marchés et clients avec l'ex-URSS, les pays d'Europe de l'Est tentent, d'une part, d'attirer les entreprises des pays industrialisés sur leurs territoires et , d'autre part, d'écouler leurs produits sur les marchés internationaux.

Si l'on privilégie la qualité du risque pays, la zone de l'Europe centrale apparaît : la Pologne, la République tchèque, la République slovaque, la Hongrie qui s'intègrent à l'Europe occidentale.

En Europe orientale, la Russie, si elle réussit à stabiliser sa société et à organiser son économie monétaire, peut retrouver progressivement un potentiel de croissance.


2.4.1. La Grande-Bretagne

On peut dire que la Grande-Bretagne a choisi d'être elle-même un pays de bas salaires et de délocalisations. Cela se traduit par la très forte déréglementation de son marché du travail, son refus d'adhérer à toute forme de charte sociale européenne qui la contraindrait à adopter un minimum de protection et donc de charges pesant sur les salaires, sa volonté d'accueillir les investissements étrangers, y compris par des délocalisations à partir du territoire de ses partenaires communautaires, son ambiguïté en matière monétaire et sa stratégie plus ou moins délibérée de dépréciation de sa monnaie. Tout ceci caractérise un pays qui a choisi d'être un pays à bas salaires et d'accueillir les investissements étrangers, et donc de bénéficier de la délocalisation plutôt que de la combattre. L'avenir dira si cette stratégie est la bonne. Mais si a priori elle facilite l'emploi de la main d'œuvre non qualifiée, elle exclut peut-être à terme le développement d'activités à haute valeur ajoutée.


2.4.2. L'Irlande du Nord

L'intérêt des industriels étrangers ne s'est jamais autant manifesté pour l'Irlande du Nord depuis 25 ans. En effet, l'économie est en pleine santé. Le chômage est au niveau le plus bas depuis 14 ans (10.7%). La demande étrangère pour les produits irlandais est forte.

Les industries mécaniques, agro-alimentaires, le textile et l'habillement sont les plus gros employeurs. Cependant des emplois sont créés dans les industries émergentes, comme les composants pour automobile, les technologies de l'information, l'aéronautique, les télécommunications, l'électronique ou la santé. Dans tous ces secteurs, les deux universités d'Irlande du Nord se sont forgées une solide réputation internationale. Leurs compétences alliées à une main d'œuvre disponible et bien formée, à des incitations financières et à des coûts fixes bas, ont aidé ces secteurs clés à attirer des investissements étrangers non négligeables. Dans les composants pour automobile par exemple, deux des grandes sociétés sont françaises, Michelin et Montupet qui, avec d'autres entreprises comme Ford, United Technologies, Taketa ou nRyobi, fournissent les plus grands constructeurs mondiaux.


2.4.3. Les délocalisations vers les PECO

Cette région de l'Europe comprend la Pologne, la Hongrie, les Républiques tchèques et slovaque (groupe VISEGRAD), la Bulgarie et la Roumanie (pays balkaniques).

La présence industrielle française est à ce stade principalement le fait des grandes entreprises implantées dans les secteurs de la construction mécanique et électrique, de la chimie et de l'agro-alimentaire en Hongrie, de l'automobile (Pologne, République Tchèque) et de l'électronique (Pologne).

La réexportation vers l'Union européenne ne constitue pas le principal objectif de ces partenariats avec ces pays. C'est donc une implantation.

De 1989 à 1992, les investissements français vers les PECO font apparaître une forte prédilection pour la Hongrie (50% du total des investissements vers cette région) et la République Tchèque (42%).

Le poids des pays d'Europe centrale dans le commerce extérieur et les investissements de l'Union européenne va augmenter dans les années à venir, en raison de leur potentiel économique grandissant, d'une forte croissance et de leurs perspectives d'adhésion à l'Europe aux alentours de l'an 2000.

Les entreprises françaises ne devraient pas rater de nombreuses opportunités d'implantation qui vont ainsi apparaître en Hongrie, en Pologne et en République tchèque. Elles seront créées grâce à la poursuite du processus des privatisations.

De grands investissements directs sont concentrés dans quelques secteurs industriels (agro-alimentaire, chimie, équipement électrique et électronique, automobile). Demain, on verra sans doute beaucoup de projets se réaliser non seulement dans l'industrie mais aussi dans l'environnement, le commerce et les services (télécommunications).

En Hongrie, pays qui a reçu le plus d'investissements étrangers jusqu'à présent, le capital étranger est allé surtout vers l'industrie, les télécommunications et l'énergie, dont l'internationalisation s'étend au secteur public.

En République tchèque, le BTP connaît une croissance lente mais régulière avec des investissements étrangers qui contrôlent toute l'industrie cimentière. L'électronique tchèque, en raison du faible coût de la main d'œuvre et des possibilités d'exportation vers le marché allemand, suscite également un intérêt de la part de nombreux industriels étrangers.

En Pologne, les investissements étrangers se concentrent dans cinq secteurs : distribution (car le marché comporte 38 millions de consommateurs), production industrielle, services aux entreprises, constructions, transports.

Les français Auchan, Leclerc, Géant, les allemands Dohle, Metro ou les hollandais Macro, Cash & Carry, se livrent à une âpre bataille sur le marché, en bâtissant des projets d'expansion dans tout le pays. Le prochain Auchan ouvrira cette année à Gdansk (Pologne). Le britannique Marks & Spencer a prévu l'ouverture à Varsovie de son premier grand magasin en 1997. Pourquoi pas La Samaritaine, le Printemps ou les Galeries Lafayette ?


3. Les effets de la délocalisation et les solutions proposées

3.1. Controverse sur le chômage induit dans les pays industrialisés

Le chômage n'est pas seulement dû à une mauvaise conjoncture économique en Europe, mais aussi à une évolution de l'économie planétaire dans laquelle intervient la mondialisation du marché du travail.

Dans son rapport, M. Jean Arthuis explique qu'il est techniquement impossible de mesurer les conséquences des délocalisations, ceci pour trois raisons :

Pertes d'emplois - création d'emplois = flux net

On peut mesurer les incidences en comparant par une approche empirique les pertes d'emplois dans les différentes régions du monde (théorie de Gérard Lafay).

Entre 1970 et 1990, l'industrie de l'Union européenne a perdu 6 millions d'emplois contre seulement 600 000 aux Etats-Unis. Or, il y a eu exactement 6,6 millions d'emplois créés au Japon, en Corée du Sud et à Taiwan sur cette même période.

3.2. Les remèdes préconisés

3.2.1. Ajuster les rémunérations

Il convient dans cette perspective d'accepter l'ajustement entre rémunérations et qualifications. L'amélioration des qualifications pour la plus grande partie des pays riches est le seul et véritable moyen de préparer une sortie par le haut de la crise engendrée par les délocalisations en terme d'emplois. Encore faut-il s'entendre sur le sens à donner à ce mot.

L'économiste choisira la solution de facilité et appréciera la qualification par ses résultats, en termes de productivité, de contribution du travailleur à la création de richesses dans l'entreprise. La qualification est donc faite d'éducation, de savoir-faire technique, d'aptitude au travail, d'expérience... La qualification n'est pas nécessairement liée à la présence de haute technologie. Il est possible de développer des savoir-faire de qualité dans des productions traditionnelles : cuisine, vins, tourisme...

Le diplôme n'est pas une qualification, les connaissances ne suffisent pas, la capacité de les utiliser dans un processus productif est aussi importante. C'est pourquoi la qualification ne sera jamais une étiquette délivrée par un guichet administratif mais un capital dont l'acquisition dépend largement de la participation active de celui qui l'acquiert, dans sa période de formation, mais aussi d'activité professionnelle. Une structure de rémunérations qui reflète les qualifications est sans doute le moyen d'incitation le plus efficace au déploiement de ces efforts.

3.2.2. Mener une politique de formation et de réduction des inégalités

Les gouvernements ont trois options au choix :


CONCLUSION

A l'heure actuelle, on constate que l'internationalisation s'impose à la plupart des multinationales. Si la tendance actuelle à long terme est à l'intégration croissante des économies, il subsiste d'évidentes divergences nationales, quelles que soient les données considérées : système productif, technologie, système de protection sociale, marché du travail, et plus largement les systèmes politiques en place et les structures institutionnelles. La multinationalisation des firmes est aujourd'hui plus ou moins banalisée et ne compte plus le nombres de firmes qui réalisent une grande partie de leur CA à l'exportation. Si le constat est vrai pour les grandes entreprises depuis les années 1960, il l'est désormais aussi pour certaines catégories d'entreprises dites " moyennes ". En outre, cette internationalisation s'est, dans un premier temps, faite par le biais d'investissements directs à 100%, de la filialisation et de la sous-traitance internationale pour prendre dans un second temps la forme d'accords interentreprises (accords de coproduction, licences et brevets, contrats clé en main et produits en main, accords de recherche et de développement, joint ventures, etc...).

Encore faut-il pour les entreprises préparer leur délocalisation, c'est à dire connaître les capacités de l'entreprise, ses besoins et les terrains de prédilection à l'étranger pour assurer sa future réussite.


Importé d'Internet de : http://www.cepii/publicat.htm

The Geography of Multi-speed Europe

RÉSUMÉ

 

L'intégration économique en Europe est de fait devenu un processus multi-vitesses. Pour les Pays d'Europe Centrale et Orientale (PECO), cela résulte du défi d'intégrer jusqu'à vingt-cinq pays se situant à des niveaux de revenus très différents, sans pour cela arrêter l'approfondissement de l'intégration. La différenciation prévaut aussi pour le processus d'unification monétaire, pour lequel les conditions permettant à un pays d'être dans le premier groupe ont été définies dans le Traité de Maastricht. Les conséquences de cette nouvelle dimension temporelle et séquentielle de l'intégration régionale ne sont pas très bien comprises. Une des questions les plus intéressantes est de savoir si l'existence de différentes vitesses d'intégration peut avoir un impact sur les caractéristiques de long terme de cette intégration.

Notre papier examine cette question du point de vue de la localisation des activités économiques. Notre objectif est d'utiliser les outils de la "nouvelle géographie", pour décrire l'impact possible d'une approche multi-vitesses sur le choix de localisation des industries et donc sur la géographie de long terme des activités économiques en Europe. Nous utilisons un modèle à trois pays où deux pays riches identiques décident d'intégrer leurs économies et d'exclure de manière temporaire un troisième, plus pauvre. Les questions que nous posons sont les suivantes : une approche multi-vitesses permettra-t-elle d'éviter la concentration des activités dans le noyau dur de l'Europe ou au contraire peut-elle la précipiter ? La période de transition, pendant laquelle le pays pauvre est exclu de la régionintégrée, est-elle nécessaire pour empêcher une délocalisation massive des industries vers le noyau dur riche jusqu'à ce que le différentiel de revenu ait suffisamment diminué ? Ou, au contraire, peut-elle être à l'origine du phénomène d'agglomération ? Les réponses à ces questions sont importantes parce qu'elles déterminent en partie si l'intégration à l'UE des pays tels que les PECO doit avoir pour condition préalable une diminution du différentiel de revenu, ou si l'imposition d'une telle condition est perverse parce que la transition imposée va générer un phénomène d'agglomération dans le noyau dur de l'Europe, et donner lieu une divergence de revenu, et donc obligera à différer indéfiniment l'intégration de ces pays.

Pour répondre à ces questions nous utilisons un modèle dans lequel l'histoire a un rôle essentiel comme déterminant de la géographie de long terme. Nous modélisons le différentiel de revenu entre les pays riches, d'une part, et le pays pauvre, d'autre part comme une différence des dotations de capital humain. L'intégration est caractérisée par l'élimination des coûts de transaction. Nous distinguons deux scénarios; dans l'un, les mécanismes d'agglomération ne peuvent se mettre en place pendant la période de transition, dans l'autre ils le peuvent. Dans notre modèle, la source du mécanisme d'agglomération est la migration du capital humain. Lorsque les mécanismes d'agglomération ne peuvent se mettre en place pendant la phase de transition, les "entrepreneurs" (les détenteurs du capital humain) peuvent choisir où implanter leurs entreprises mais ne peuvent eux mêmes émigrer. Nous montrons que lorsque deux des trois pays diminuent entre eux leurs coûts de transaction, le pays exclu sera toujours confronté à une délocalisation de ses activités vers la zone intégrée quelques soient les différentiels de revenus. Lorsque les coûts de transaction sont réduits dans la zone intégrée, les deux pays qui appartiennent à cette zone deviennent en effet une meilleure base d'exportation l'un vers l'autre que le pays exclu. Du point de vue de la localisation des activités économiques, le pays exclu préférerait que cette intégration régionale n'ait jamais eu lieu.

Cependant, cela n'implique pas que le pays exclu devrait insister pour entrer le plus tôt possible. En effet, lorsque les coûts de transaction sont diminués, l'effet sur la localisation des activités économiques du différentiel de revenu est amplifié. Si ce pays rejoint l'aire intégrée, les entreprises choisiront de se localiser près des marchés les plus riches qui sont dans le noyau dur. Si la période de transition est une période de convergence des revenus, l'approche multi-vitesses a l'avantage de permettre au pays "périphérique" de rejoindre la zone intégrée lorsque le différentiel de revenu n'est pas trop important et permet ainsi d'éviter une délocalisation massive vers le noyau dur

Cette conclusion est renversée lorsque un mécanisme d'agglomération peut se déclencher. En effet, lorsque les entrepreneurs peuvent émigrer, les revenus ne sont plus fixes géographiquement si bien que l'exclusion temporaire du pays pauvre peut entraîner l'agglomération des activités dans le noyau dur pendant la transition. Nous montrons que la période de transition, pendant laquelle le pays pauvre est exclu, peut conduire à l'agglomération du secteur à rendements croissants dans les pays riches intégrés, générant ainsi une divergence de revenus. Cela est possible même si la convergence entre les deux groupes de pays était en cours avant l'intégration entre les pays du noyau dur. Cette possibilité est ce que nous appelons "l'effet d'agglomération" d'une intégration multi-vitesses. Si la longueur de la période de transition dépend de la convergence des revenus, le pays "temporairement" exclu pourrait ainsi ne jamais être intégré. Nous analysons en détail comment ce scénario pervers dépend des paramètres du modèle.

Les implications de politique économique découlent naturellement de ces résultats. Si les gouvernements ne croient pas que la migration du capital humain et plus généralement les mécanismes d'agglomération sont significatifs en Europe, une approche multi-vitesses est avantageuse puisque dans ce cas, les différentiels de revenus sont le principal déterminant des choix de localisation des entreprises. En revanche, dans le cas où les mécanismes d'agglomération peuvent se mettre en place, cette approche est dangereuse puisque l'attractivité du noyau dur pendant la période de transition est cumulative et ne peut jamais être inversée. Si l'on considère le mécanisme d'agglomération comme un mécanisme de long terme, notre modèle suggère donc une base théorique au point de vue de bon sens selon lequel la période de transition avant l'intégration des pays périphériques ne devrait être ni trop courte ni trop longue.

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